Santé connectée de l'automesure à l'ubimédecine

 
 

Est-ce sérieux ?

 
 

 

Beaucoup d’objets connectés revendiquent un avantage médical. Tel appareil connecté serait “bon pour la santé” ? Cela reste à juger au cas par cas. Pour juger de l’intérêt d’un objet connecté, les études scientifiques ont plus de valeur que la renommée médiatique ou commerciale d’un objet.

 

Dans quel contexte l’objet est utilisé : fitness ou soins ?
Lorsque l’outil connecté est utilisé pour maintenir sa forme (fitness) dans un contexte de loisir ou de curiosité sur soi-même (« quantified self ») la question de sa qualité et de sa fiabilité est bien moins importante qu’en cas d’utilisation médicale. L’équipe médicale du site automesure.com n’a pas vocation à juger de l’utilisation «fitness » de ces objets, aussi nous ne nous prononçons pas dans ce domaine. Qu’un joggeur en bonne santé mesure sa fréquence cardiaque pendant ses efforts, cela ne pose pas de problème notable a priori. En revanche, utiliser un capteur grand public dit de « cardio training » pour détecter - soi disant - une maladie cardiaque est autrement important et dans ce cas le cardiofréquencemètre peut s’avérer très insuffisant. Beaucoup de formes d’automesures ne débouchent pas sur un intérêt médical prouvé.

 

L’utilisation d’un appareil connecté dans un but médical est envisageable dans différents contextes, comme par exemple : la prévention de l’apparition d’un facteur de risque chez une personne en bonne santé ; la surveillance d’une maladie chronique ; la compréhension et l’aide à la décision pour soigner un trouble de santé aigu. L’utilité d’un appareil connecté varie suivant le contexte. En conséquence pour un même appareil, on peut avoir un jugement différent.

 

Prendre en compte la valeur mesurée et le contexte de la personne
Comme l’ingéniosité des ingénieurs est grande on comprend que les possibilités techniques soient très nombreuses. On peut notamment mesurer et enregistrer : le poids ; la pression artérielle ; la force du souffle ; la glycémie ; le taux de cholestérol, des sons (bruits du cœur ou de la respiration) ; l’activité électrique du cœur ; la fréquence cardiaque ; les mouvements (en comptant le nombre de pas, en captant les changement de position, en usant de la fonction de géolocalisation) ; un signal photoélectrique traduisant la pression en oxygène du sang (saturométrie) ; des photos (utiles en dermatologie ou en rhumatologie par exemple) ; ou même le temps d’utilisation d’une fourchette connectée (objet au grand succès médiatique). A ces exemples s’ajoutent également les réponses aux questions qu’un logiciel peut donner en ligne. Au total, il n’est pas possible de juger de façon générale l’intérêt médical de tous les appareils connectés.
Toutes ces mesures peuvent être transmises à Internet via un smartphone pour faire l’objet d’un stockage et d’un traitement informatisé. L’utilité de ces différents paramètres varie également beaucoup en fonction de la nature mesurée mais aussi du contexte dans lequel évolue la personne. Ainsi le médecin conseille de peser tous les jours un bébé prématuré, mais il est médicalement inutile pour à un adulte en bonne santé de grimper sur sa balance tous les matins.

 

Mesure exacte, ne veut pas dire interprétation utile
Afin d’envisager un usage médical pertinent, on doit s’interroger non seulement sur la fiabilité du capteur mais aussi sur celle du logiciel médical (“software”, ou “med app”) interprétant les données. Mieux, on doit aussi juger la pertinence médicale de la valeur mesurée : s’il est bien démontré - sous certaines conditions – que le poids, la pression artérielle ou le taux de sucre dans le sang (glycémie) sont des valeurs pertinentes à surveiller au domicile, ce n’est pas le cas pour d’autres données comme la saturation d’oxygène dans le sang (très utilisé en réanimation, mais pas dans “la vie de tous les jours”), ou même le rythme cardiaque, donnée surveillée par les sportifs mais d’interprétation médicale controversée si l’on ne dispose que de ce seul paramètre. Autre exemple, des capteurs sont capables d’enregistrer les mouvements d’une personne pendant son sommeil. C’est une chose, mais en déduire des informations sur la qualité du sommeil en est une autre qui, elle aussi, doit être évaluée scientifiquement.

 

A qui se fier ?
Le tri entre les applications médicalement utiles et inutiles reste à faire. Cette validation n’est pas encore faite par les autorités de santé et les articles scientifiques restent rares sur ce sujet. La Food and Drug Administration (FDA) des Etats-Unis américains pose les règles ouvrant la voie à une certification des nouveaux objets connectés. Par exemple le tensiomètre dont le brassard est déclenché par un smartphone est considéré par les autorités de santé nord américaines comme un dispositif médical (medical device).

 

Vers une ubimédecine pertinente
Si les mésusages doivent être envisagés pour être prévenus, on peut considérer que les objets connectés ont un potentiel médical réel. Vendus au grand public, leur large diffusion permet de baisser les coûts sans forcément nuire à leur qualité technique. C’est un avantage. Mais à ce jour, la jonction du quantified self des geeks sportifs n’a pas encore rejoint la rigueur de la télémédecine. Mais la date du mariage entre ses pratiques se rapproche. Il donnera naissance à « l’ubimédecine » que nous distinguons de la télémédecine qui est historiquement et réglementairement lié à un usage professionnel. C’est pour poser les premières pierres que nous avons crée le site automesure.com dès 1999 et proposé le terme d’ubimédecine en 2012 (voir notre conférence au Collège de France). Ajoutons que l’équipe médicale d’automesure.com est la première au monde à avoir publié une expérience de télétransmisson de chiffres de pression artérielle depuis le domicile d’un patient (1).

 

Un smartphone pour détecter les troubles du rythme cardiaque ? Seuls quelques applicatifs sont validés.
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Utilisation des objets connectés via les assureurs
Les objets connectés sont à la mode. Mieux, ils sont porteurs d’un nouveau modèle médical qui intéresse les assureurs. Pourquoi pas faire bouger les lignes en effet ? Mais à condition de rester sérieux.
Le Dr. Nicolas Postel-Vinay dans une interview à L’Argus de l’Assurance met les points sur les i.
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Rédaction Nicolas Postel-Vinay; Hôpital européen Georges-Pompidou (Paris); directeur du site automesure.com. Mars 2016. Merci de citer en source le site automesure.com si vous utilisez ces informations.

  1. blood pressure measurements at home. Blood Press Monit 1996; 1 (Suppl 2):S63–S67
  2. Illustration Jean Luc Coudray® (avec permission)

 


 

©automesure.com mars 2016