Laisser aux patients hypertendus la possibilité d’adapter eux même leur traitement :
une idée qui marche


 

Après automesure, la possibilité offerte aux patients hypertendus d’adapter eux mêmes leurs traitement est efficace : c’est l’auto-titration

   
 

Des médecins britanniques ont comparé au terme de douze mois de prise en charge la pression artérielle de deux groupes de patients hypertendus : ceux traités de façon usuelle et ceux qui avaient appris à adapter eux même leur traitement suivant des instructions préétablies et en fonction de leur résultats d’automesure tensionnelle. Les résultats de cette étude publiée en août 2014 dans la revue JAMA montrent que l’auto-titration permet un meilleur contrôle de la pression artérielle que les soins usuels (1). L’écart de pression artérielle entre les deux groupes est de presque 9 millimètres de mercure pour la pression systolique, ce qui est loin d’être négligeable.
Cette étude nommée TASMINH-SR, a porté sur des patients qui présentaient un antécédent d'accident vasculaire cérébral, une maladie coronaire, un diabète ou une maladie rénale chronique. Au total, 552 patients ont été tirés au sort entre la prise en charge classique et la prise en charge avec automesure et autogestion du traitement. Dans ce dernier cas les patients devaient mesurer eux-mêmes leur pression artérielle deux fois chaque matin durant la première semaine de chaque mois. Si au moins quatre mesures durant deux mois consécutifs étaient au-dessus de la valeur cible, les patients pouvaient augmenter la dose ou changer de médicament, selon le plan prévu avec le médecin. Celui-ci en était informé par le patient, mais sans qu'il y ait une consultation. Seules des valeurs de pression artérielle très élevées ou très basses entraînaient une consultation. Après un suivi d'un an, les patients pratiquant l'automesure et l'autogestion du traitement ont vu leur pression artérielle baisser de 143/80,5 mmHg à 128,2/73,8 mmHg. Dans le groupe contrôle on est passé de 143,6/79,5 mmHg à 137,8/76,3 mmHg. Cette autoprise en charge par le patient lui-même a donc permis d'améliorer le contrôle de la pression artérielle systolique par une baisse supplémentaire de 9,2 et 3, 4 mmHg pour la diastolique. C’est un bon résultat


Que retenir ?

L’équipe automesure.com qui compte parmi les toutes premières au monde à montrer en 2007 avec l’étude Sethi que cette démarche était faisable se félicite de ce travail mené Mc Manus et coll. Ces résultats encouragent à étendre cette démarche à la pratique courante. Bien sur sous conditions. Tout d’abord la possibilité de l’automesure couplée à l’auto-titration implique en amont une éducation attentive des patients (dans cette étude 2 à 3 séances de formation d’environ une heure étaient proposées). Ensuite, cette possibilité ne doit pas être proposée à tout le monde et il n’est pas question de l’imposer. Dans cette étude, non seulement les patients avaient été au préalable sélectionnés par les généralistes, mais parmi les sujets sélectionnés un tiers (32 %) n’ont pas souhaité adapter leur traitement eux mêmes. Ceci dit, les participants volontaires avaient en moyenne 69 ans, montrant que la démarche d’automesure + auto-titration n’est pas réservée aux jeunes comme certains sont parfois tentés de le penser.
Concernant les accidents liés aux médicaments cette étude ne repère aucune différence entre les deux groupes. C’est rassurant, mais il ne faut pas en déduire que des erreurs dangereuses ou problématiques ne peuvent pas arriver en cas de mauvaise adaptation du traitement (ce qui est aussi vrai dans la prise en charge classique). Il faut donc rester vigilant surtout si l’on propose plus largement la démarche. Reste qu’a contrario on peut supposer (ce n’est pas démontré) que les patients bien éduqués seront plus à même d’avoir une bonne attitude face à la survenue d’un effet indésirable. Au total Automesure + auto-titration laissent plus d’autonomie aux personnes et semble efficace, mais celle démarche ne doit pas couper les patients de leur médecin lorsqu’elles en ressentent le besoin.

Dr N. Postel-Vinay pour le site automesure.com. d’après Mc Manus et al . Effect of self-monitoring and medication self-titration on systolic blood pressure in hypertensive patients at high risk of cardiovascular disease: the TASMIN-SR randomized clinical trial. JAMA, 27 août, vol.312, n°8, p799-808


En savoir plus : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25157723

 
 

Source automesure.com. Rédaction Septembre 2014